La gestion des Aires Protégées par l'ANGAP
dans le cadre de l'exécution de la
Composante Aires Protégées et Ecotourisme (CAPE)
du PE-2
.. CONTEXTE
Madagascar: un pays de mégadiversité
Les dénominations foisonnent quant à la caractérisation de
la biodiversité malagasy : "sanctuaire de la nature", "laboratoire vivant
d'histoire naturelle", "patrimoine naturel mondial unique"... les faits
sont là: haut degré d'endémisme (80% pour la faune et 90% pour la flore) et archaïsme
de forme font de la diversité biologique de Madagascar un centre d'intérêt scientifique
exceptionnel. A titre indicatif: cinq familles entières de végétaux, cinq familles
d'avifaune, 90% d'amphibiens et de reptiles, 95% des lémuriens ... ne se trouvent nulle
part ailleurs qu'à Madagascar. Le contenu de la biodiversité malagasy n'est pas encore
tout à fait connu. De récentes expéditions de recherche ont fait état de découvertes
de nouvelles espèces de faune et de flore.
Par rapport à sa superficie
et le taux élevé de son endémisme, Madagascar est l'un des premiers pays de
mégadiversité de la planète, et figure de ce fait parmi ceux où la préservation de
cette diversité biologique est prioritaire.
L'atelier scientifique tenu en Avril 1995, et qui a
réuni un large forum de scietifiques nationaux et internationaux, a confirmé cette
position de leader de Madagascar en matière de megadiversité. Cet atelier a dégagé des
Aires à priorité de conservation et des aires à priorité de recherche, et a conclu,
notamment que:
. La dimension de la biodiversité malagasy concerne près de
1/5 du territoire national;
. Le concept de corridor, lien des écosystèmes en continuité
biologique, doit être tenu en compte dans la conservation de la Biodiversité malagasy.
. Les ressources de la biodiversité malagasy demeurent, dans
une large mesure, encore méconnues.
De par leur représentativité biogéographique et de
par leur statut, les Aires Protégées de Madagascar constituent de réservoirs
génétiques de cette étonnante biodiversité. Le réseau de parcs nationaux et de
réserves est parmi les sources de fierté nationale.
La biodiversité malagasy: un facteur
d'équilibre et d'appui au développement
Quand on aborde les particularités de la biodiversité
malagasy, on a tendance à oublier ses fonctions écologiques. Du fait que Madagascar est
un pays constitué essentiellement des bassins versants, et de par la fragilité de ses
sols, cette biodiversité joue des rôles capitaux dans le processus même de
développement de sous-régions voire même de régions entières.
La plupart des cours d'eau de Madagascar prennent leurs
sources au niveau des massifs forestiers, et plus particulièrement des AP, lesquelles
apparaissent comme de véritables réservoirs hydriques. A titre indicatif, une vingtaine
de cours d'eau prennent naissance au niveau des AP de la Montagne d'Ambre, une dizaine au
niveau de la RNI d'Andringitra, une vingtaine au niveau de la RNI Marojejy, une dizaine au
niveau de la RNI Andohahela.... Dans un pays à civilisation de riziculture, on mesure
aisément les impacts de la disponibilité de cette ressource en eau.
La protection naturelle des bassins versants à haute
potentialité agricole est inestimable (plaine d'Andapa, plaine de Marovoay ....) à
travers les RNI Marojejy, Ankarafantsika et la RS Anjanaharibe pour ne citer que quelques
cas parmi tant d'autres.
La valorisation commerciale de la biodiversité en dehors des
Aires Protégées représente un secteur actif au niveau de l'économie nationale: plantes
médicinales, produits ligneux, exportation des espèces faunistiques et floristiques. Une
meilleure organisation et suivi dans ce domaine sont requis pour une exploitation durable.
Au niveau des AP,
l'écotourisme qui y fait ses premiers pas est très prometteur. Le nombre de visiteurs a
connu une évolution très remarquable: plus de 80.000 personnes (nationales et
étrangères) ont visité les Parcs et Réserves de Madagascar en 1999.
Madagascar: un pays à tradition de conservation
La situation actuelle nous fait oublier que Madagascar était
un pays à tradition de conservation. Dans maints endroits de l'île, on constate encore
cette interraction de la culture et de la conservation: les sites naturels les mieux
conservés sont ceux où le poids de la tradition liée à la culture pèse encore de tout
son poids (écosystèmes forestier et lacustre).
Le code des 305 Articles publié en 1881 (Ranavalona II) et
plus tard les textes établis durant les périodes coloniale et de l'indépendance ont
réglementé cette relation homme-nature: on a gagné en clarification formelle concernant
le rapport Ressources Humaines - Ressources naturelles, mais on a perdu en efficacité
dans la conservation.
La gestion de la biodiversité malagasy: une activité à haut risque
Madagascar n'a pas pu échapper à la spirale de
dégradation qui aspire les forêts tropicales (15,4 millions d'ha perdus/an, source B.M
). Les données nationales font état d'une réduction annuelle de forêts de l'ordre de
200.000 ha. Au cours de la préparation du PE-I, des études ont été menées pour
identifier les causes et origines de cette destruction qui ne cesse de s'amplifier. De
récentes études effectuées dans le cadre de la préparation du PE-2 ont confirmé ces
problèmes et mis en évidence leur caractère persistant. Qui pis est, les multiples
actions s'inscrivant dans divers programmes ne semblent pas encore avoir infléchi cette
tendance de façon significative.
Madagascar a le taux le plus élevé de
dégradation du sol dans le monde. Concernant les Aires Protégées, les causes et les
origines des pressions qui pèsent sur la biodiversité et plus spécifiquement au niveau
des AP sont surtout la pauvreté de la population riveraine . Comme formes de pressions,
citons entre autres la pratique du "tavy" et autres défrichements, le
braconnage, le prélèvement des espèces de faune et de flore, l'exploitation illicite
des forêts, ... Cette destruction effrénée résulte de l'action conjuguée de plusieurs
facteurs: taux d'accroissement démographique élevé (plus de 3%), flux migratoire,
insuffisance de surfaces cultivables en zones forestières, accès libre du fait de
ressources naturelles renouvelables, insuffisance sinon inadéquation de la structure de
gestion et de contrôle, ... La paupérisation qui a caractérisé ces dernières années
notre monde rural et urbain a fait payer un lourd tribut à la biodiversité.
La pauvreté est le point de départ d'un processus de
destruction et tout projet/programme environnemental ou développement doit
impérativement en tenir compte pour espérer aboutir à des résultats positifs pouvant
infléchir cette tendance négative.
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